Abraham Lincoln

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Abraham Lincoln

Message par Line le Lun 26 Jan - 11:30

Abraham Lincoln (1809 - 1865) Un Juste à la Maison Blanche




Si la postérité ne devait conserver du XIXe siècle que le souvenir d'un seul homme, il serait juste que ce soit celui-là. Lincoln n'eut jamais le souci d'embellir sa vie et ses actes. Les faits parlent d'eux-mêmes.James Day (University of South Carolina


) [size=24]Une vie de droiture

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Abraham Lincoln naît dans une cabane, au Kentucky, en 1809, dans un ménage de bûcherons illettrés. Grand et vigoureux, il manie très tôt la hache. Malgré les difficultés et les malheurs familiaux, il apprend à lire et satisfait son goût irrépressible pour l'étude et le droit. À 20 ans, le jeune homme voyage pour la première fois. Sur un bateau à aubes, il descend le Mississipi jusqu'à la Nouvelle-Orléans, ce qui lui donne l'occasion de découvrir la triste réalité de l'esclavage


En 1834, il se met à l'étude du droit. Il s'établit à Springfield, une petite ville de l'Illinois, et y devient le modèle de l'avocat intègre et compatissant.
Plutôt laid de visage mais doté d'une voix envoûtante, Abraham Lincoln s'exprime avec des mots compréhensibles de tous et un raisonnement d'une très haute tenue. Cela lui vaut d'être élu le 4 août 1834 au Congrès de l'Illinois dans les rangs des whigs (libéraux), un jeune parti qui s'oppose au parti démocrate du président Jackson.
Le 3 août 1846, il est élu au Congrès fédéral de Washington. Manifestant courageusement ses réticences à l'égard de la guerre contre le Mexique en 1847, qu'il juge immorale, il doit renoncer à se représenter devant ses électeurs, outrés par ses prises de position, et retrouve sans regret son cabinet d'avocat.


La question de l'esclavage


Cependant, la publication en 1851-1852 du roman Uncle Tom's Cabin (La Case de l'Oncle Tom) relance le débat sur l'esclavage aux États-Unis.

Le 30 mai 1854, le bill Kansas-Nebraska du sénateur démocrate Stephen Douglas autorise les électeurs de ces États à choisir leur statut d'État libre ou esclavagiste. La décision contrevient au «compromis du Missouri» qui avait établi en 1820 que les nouveaux États seraient obligatoirement libres au nord de la Mason & Dixon Line et esclavagistes au sud.
Sous le coup de l'indignation, Lincoln, devenu un avocat de renom, n'en délaisse pas moins son cabinet et retourne à la politique. Il combat avec vigueur Stephen Douglas. Le débat fait rage au sein même de son parti, le parti whig. Il s'ensuit une scission et la naissance, à Philadelphie, le 14 juin 1856, d'un nouveau parti, le parti républicain, partisan de contenir l'esclavagisme. Lincoln en devient le chef de file dans l'Illinois.

Le 6 mars 1857, l'arrêt Dred Scott autorise la poursuite des esclaves en fuite jusque dans les États libres. Lincoln se présente sans succès au Sénat contre Douglas, mais, par une interpellation habile («Malgré l'arrêt Dred Scott, un État peut-il interdire l'esclavage ?»), il grille celui-ci auprès des Sudistes.
Pour l'élection présidentielle de 1860, les démocrates se divisent (d'un côté les partisans du droit des États à choisir leur régime, de l'autre les esclavagistes durs). Les républicains choisissent Lincoln, qui, grâce à la division des adversaires, est élu le 6 novembre avec seulement 40% des voix !



La guerre du droit et de l'unité

La Caroline du Sud décide dès le 20 décembre de faire sécession. Elle est imitée par dix autres États qui veulent préserver l'esclavage et plus encore leur civilisation agraire et aristocratique que menace l'affairisme des industriels du Nord.


Abraham Lincoln veut plus que tout préserver l'unité du pays. Dans son discours d'investiture, le 4 mars 1861, il propose au Sud de conserver l'esclavage sous certaines conditions. Il tient à rappeler qu'il est attaché au maintien de la Fédération plus encore qu'à l'abolition de l'esclavage. Sur cette question, il fait même figure de modéré et assure les Sudistes qu'ils pourraient maintenir l'esclavage là où il est déjà autorisé. Mais les Sudistes ne sont pas disposés à lui faire confiance et rejettent son ouverture.
La guerre de Sécession entre le Nord et le Sud (Civil War en anglais) devient dès lors quasiment inévitable. Dès le début du conflit, le président Lincoln prend des mesures énergiques. Il ne craint pas de faire emprisonner des milliers de suspects sans jugement.
Une première série de défaites dissuade Lincoln de se prononcer officiellement sur l'avenir de l'esclavage car une déclaration prématurée pourrait être perçue comme un acte de désespoir et se révéler contre-productive. L'occasion se présente enfin avec la victoire nordiste d'Antietam. Lincoln se rend sur place et presse le général McClelland de poursuivre les Sudistes du général Lee. Cinq jours plus tard, le 22 septembre 1862, il proclame avec solennité que l'Union rejette l'esclavage.

Après quatre longues années de combats impitoyables et meurtriers, préfiguration des guerres mondiales du XXe siècle, la guerre civile se termine le 9 avril 1865 avec la reddition du général sudiste Lee.


Apothéose
Quelques jours plus tard, le 14 avril 1865, le 16e président américain, épuisé et sans doute déjà très malade, manifeste le désir d'un moment de détente. Il se rend avec sa femme au Ford's Theatre de Washington. Là l'attend son assassin... John Wilkes Booth se glisse dans la loge du président et le tue d'un coup de pistolet dans la nuque. Le lendemain, 15 avril 1865, le monde pleure en apprenant la mort d''Abraham Lincoln.
L'ancien président est inhumé au cimetière d'Oak Ridge (Springfield, Illinois) le 4 mai au terme de grandioses funérailles. Sa fin tragique a pour effet de ressouder les Américains entre eux et de faire oublier les innombrables haines qui se concentraient sur sa personne. L'action de Lincoln trouve un aboutissement posthume avec le vote du XIIIe amendement à la Constitution des États-Unis, le 18 décembre 1865, qui abolit l'esclavage.
Abraham Lincoln ne serait pas un homme s'il n'avait des faiblesses. La plus grave qu'on lui connaisse fut d'avoir cédé aux supplications de sa femme Mary Todd en obtenant pour le seul survivant de leurs quatre enfants une planque à l'état-major du général Grant afin de lui épargner le risque de se faire tuer sur le front.

The Gettysburg Address

Tout comme les écoliers français apprennent par coeur des fables de La Fontaine, bon nombre de jeunes Américains apprennent au collège le discours que leur président Abraham Lincoln prononça à Gettysburg le 19 novembre 1863, à l'occasion de la dédicace d'un cimetière en hommage aux victimes : The Gettysburg Address (
texte intégral en français et en anglais).


Bibliographie

Je recommande la petite biographie illustrée de Louis de Villefosse : Lincoln (Seuil). Hélas, la première édition date de 1965 et il n'est pas sûr que le livre soit encore disponible.O Captain ! My Captain !

La mort tragique du président Abraham Lincoln a inspiré à Walt Whitman un poème célèbre, O Captain ! My Captain ! Le film Le cercle des poètes disparus, avec Robin Williams dans le rôle principal, en a transmis l'écho à toute la planète.
O Captain ! My Captain !
O Captain ! My Captain ! our fearful trip is done,
The ship has weather'd every rack, the prize we sought is won,
The port is near, the bells I hear, the people all exulting,
While follow eyes the steady keel, the vessel grim and daring;
But O heart! heart! heart !
O the bleeding drops of red,
Where on the deck my Captain lies,
Fallen cold and dead.

O Captain ! my Captain ! rise up and hear the bells ;
Rise up-for you the flag is flung-for you the bugle trills,
For you bouquets and ribbon'd wreaths- for you the shores a-crowding,
For you they call, the swaying mass, the eager faces turning;
Here Captain! dear father !
The arm beneath your head !
It is some dream that on the deck,
You've fallen cold and dead.

My Captain does not answer, his lips are pale and still,
My father does not feel my arm, he has no pulse nor will,
The ship is anchor'd safe and sound, its voyage closed and done,
From fearful trip the victor ship comes in with object won ;

Exult O shores, and ring O bells !
But I with mournful tread,
Walk the deck my Captain lies,
Fallen cold and dead.

Traduction du poème, d'après l'édition définitive du recueil Feuilles d'herbe, par Léon Bazalgette; 2 vol. Mercure de France (1922) :
Ô Capitaine ! Mon Capitaine !
Ô Capitaine ! mon Capitaine ! fini notre effrayant voyage,
Le bateau a tous écueils franchis, le prix que nous quêtions est gagné,
Proche est le port, j'entends les cloches, tout le monde qui exulte,
En suivant des yeux la ferme carène, l'audacieux et farouche navire ;

Mais ô coeur ! coeur ! coeur !
Oh ! les gouttes rouges qui lentement tombent
Sur le pont où gît mon Capitaine,
Etendu mort et glacé.

Ô Capitaine ! mon Capitaine ! lève-toi et entends les cloches !
Lève-toi - c'est pour toi le drapeau hissé - pour toi le clairon vibrant,
Pour toi bouquets et couronnes enrubannés - pour toi les rives noires de monde,
Toi qu'appelle leur masse mouvante aux faces ardentes tournées vers toi ;

Tiens, Capitaine ! père chéri !
Je passe mon bras sous ta tête !
C'est quelque rêve que sur le pont,
Tu es étendu mort et glacé.

Mon Capitaine ne répond pas, pâles et immobiles sont ses lèvres,
Mon père ne sent pas mon bras, il n'a ni pulsation ni vouloir,
Le bateau sain et sauf est à l'ancre, sa traversée conclue et finie,
De l'effrayant voyage le bateau rentre vainqueur, but gagné ;

Ô rives, Exultez, et sonnez, ô cloches !
Mais moi d'un pas accablé,
Je foule le pont où gît mon Capitaine,
Étendu mort et glacé.


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